– chapitre deux –
"C’est pas qu’je crois en rien,
j’crois plus tout court ça me convient."
Demain il pleut
de Guérilla
Poubelle
Letterbomb
A story by Ashtray Coma
personal website:
dearly-beloved.over-blog.fr
Ne pas demander pourquoi, ne pas chercher à comprendre. Il y a des choses qu'on voudrait faire avant de
mourir, avant de mourir je voudrais comprendre pourquoi. (faites ce que je dis, pas ce que je fais.)
Voici l'histoire de Jesus of Suburbia, cet homme qui est tombé.
Intégralement inspiré de l'album "American Idiot", de Green Day, qui est pour moi le meilleur album jamais écouté.
Appréciez, ou pas, juste pour comprendre.
– chapitre deux –
"C’est pas qu’je crois en rien,
j’crois plus tout court ça me convient."
Demain il pleut
de Guérilla
Poubelle
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uisque tout le monde change, pourquoi pas lui ? Pourquoi ne pourrait-il pas lui aussi vouloir être quelqu’un d’autre ? Et pourtant, il n’a pas changé. Cet homme qui hier ne voulait pas reboucher la fissure dans le mur de sa cuisine avant la fin de la guerre, ce même homme, aujourd’hui, il voudrait reboucher toutes les fissures du monde. Et pourtant, il n’a pas changé. Ce n’est pas comme si il était devenu quelqu’un d’autre, non, c’est juste une part de lui même qui s’est manifesté un peu plus, encore plus qu’avant. Il est devenu Jesus of Suburbia[1], un mélange de toute la rage qu’il a, là, à l’intérieur et de cet amour en même temps, puisque entre la haine et l’amour, il n’y a qu’un pas.
Maintenant qu’il rit ouvertement au nez des gens qui pensent qu’un homme normal ne doit pas avoir de problèmes, ne doit pas se plaindre, doit aimer son pays comme on aimerait ses parents, doit approuver tout ce qui se dit et ne doit pas relever ce qui ne tourne pas rond, maitenant seulement, cet homme est un homme libre. Du moins c’est ce qu’il croit.
Il a compris que s’il voulait pouvoir s’intégrer, il lui faudrait renoncer à son idéal, à ses idées, alors au lieu de s’allonger par terre pour qu’on puisse plus facilement lui marcher dessus, il a décidé de se dresser encore plus droit, encore plus haut, pour qu’il y ait au moins une limite en Amérique, même si cette barrière n’est qu’un pauvre homme aux ambitions trop haut placé, il en faut au moins une. Et Jesus a décidé que cette limite, ce serait lui. Oubliez celui que j’ai été, concentrez-vous sur ce que je deviens.
[1] La
traduction n’a pas été effectuée. Jesus of Suburbia signifie « Jésus des banlieues »
P'tiiin Lou Taylon Pucci... Ca m'rappelle que j'suis retombée amoureuse de Billie Joe... Chut faut pas le dire.
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Il court, il s'enfuit, il part loin de cette si triste réalité, de ce bonheur si futile, de... Il part. C'est tout ce qui compte. Il a tout laissé, il a essayé
de se dépétrer de son passé, de ses blessures, il sait qu'il ne s'en tirera pas si facilement, il le sait, pourtant il claque tout pour un "ailleurs" qu'il ne connait pas. Il a ce sourire
désabusé de quelqu'un qui a tout vécu, qui sait ce qu'il fait, mais pourtant... Pourtant il n'est pas si confiant, pourtant il sait que ce qui l'attend peut-être encore pire, encore plus... Et il
manque de mot pour s'exprimer. Il commence à regretter, à regarder en arrière. Ce qu'il ne faut jamais faire. Regarder en arrière, c'est le début de la fin. Il l'a bien compris, il le sait,
mais... Il a laissé derrière lui toutes ces personnes qui l'aimaient, encore un peu, malgré son côté Mr. Hyde. Il se sent différent, différent de tout. Il ne veut pas finir lobotomisé par un
gouvernement trop facile, mais il se rend compte peu à peu qu'au fond, il est comme tout le monde, aussi con, aussi borné. Ca le touche ? Profondément. Il se sent ridicule, maintenant, son pétard
aux lèvres et sa bière à la main. Il a tout quitté et il pense savoir maintenant qu'il ne pourra plus revenir. Il a fait une énorme erreur ? Assurément. Et son autre erreur c'est de croire que ça
va passer avec le temps. Le temps passe et les blessures s'effacent, qu'il se dit. Idiot.
aussi disponible sur mon blog - et sur celui de Ginny.
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omplètement oubliée, cette putain de télévision. Ne comptent plus pour lui que l’alcool, la cigarette et elle, celle qu’il a déjà mais à laquelle il s’accroche désespérément comme si elle allait partir loin et le laisser tomber, elle aussi, le lâcher comme l’ont fait avant des tas de gens, des gens dont il ne se souvient même plus du nom, juste le dernier regard qui marque, celui qui dit adieu, celui qui montre ce que les gens pensaient vraiment de lui. Il y a vu colère, mépris, ébahissement, dans ces derniers regards, mais jamais rien qui disait « Je suis d’accord », et c’est sûrement pour ça qu’il finira par sombrer, même si c’est pour lui inconcevable. De sombrer.
Mais elle, celle que les gens appellent Mary-Jane, celle sans qui il ne serait rien… Mary-Jane, drôle de coïncidence. Après la Mary-Jane physique viendra la Mary-Jane psychologique, et quand il ne saura plus comment l’appeler, il commencera à la fumer. Il lui doit beaucoup mais sans le savoir, il doit être le plus ingrat de tous les hommes sur terre, parce que comme dans tous les mythes, il finira par abandonner celle sans qui il ne serait plus, et il ne se souviendra même plus de son nom.
Vraiment, cet homme ne rentre pas dans les normes. Rien ne fonctionne, avec Jesus. Il aurait du avoir un bon boulot, avoir une famille, à son âge, il aurait du être intégré, depuis le temps, intégré dans un pays où il est né mais duquel il n’a jamais compris le fonctionnement, il aurait du être heureux. Le fait est qu’il ne l’est pas, le fait est qu’il ne le sera peut-être jamais, parce que peut-être que rien ne sera jamais comme il le veut, et malgré tout, cet homme est un homme, et l’Homme est un éternel insatisfait.
Ce qui aurait du être n’a pas été et ne sera jamais, parce que ce serait vraiment trop beau si tout se résumait à des fantasmes à réaliser, même si pour Jesus, ce sont beaucoup plus que des fantasmes.
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eut-être pour fuir ou juste pour oublier, peut-être parce qu’il est devenu une sorte d’ange déchu, Jesus se rend dans une espèce de sous-terrain, remplis de gens. Mais ce ne sont pas des gens comme les autres, ils lui ressemblent, ils pensent comme lui… Quand ils peuvent penser.
C’est dans ce parking au centre de la terre qu’il a appris ce qui sera à l’origine de la fin de son monde, c’est là où il s’est rendu compte que tout était faux : « le refuge est dans ton cœur » Encore une comme ça, et on se roule par terre, se dit-il. Comment cette phrase peut-elle être vraie ? Comment peut-on penser que le refuge est dans son cœur quand il est évident que notre cœur bat au rythme de notre vie ? Comment a-t-il pu croire une imbécillité pareille ?
Jesus s’est rendu compte que du jour au lendemain, il a du apprendre à se débrouiller seul, comme un long chemin en ligne droite se terminant par un carrefour et au bout de chaque chemin, un cul-de-sac. Personne pour aider, à part ceux qui ont fait les mêmes erreurs avant et qui ne sont pas prêts d’en reparler et faire part de leur expérience, même si ça éviterait bien des souffrances. Chacun pour soi, et tant pis si tu tombes, puisque tout ce qui ne tue pas rend plus fort, il lui aura fallu apprendre la vie.
Personne ne semble voir que tout part en vrille.
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Enfermé dans cette pièce interdite, il enlève le capuchon du marqueur et commence. Il sait bien qu'il risque gros. C'est un rebelle, que voulez-vous ? Il pense à tout ce qu'il a raté, et tout devient plus facile. Les mots courent sous la pointe du feutre. "vivre sans respirer, c'est mourir tragiquement[1]", des mots qui le hantent comme pourrait hanter un fantôme. C'est son fantôme. Le Jésus de la banlieue, c'était avant. Il est devenu ce quelqu'un un peu terrorisant, si sûr de lui et pourtant si dangereux. Il pense que pendant un moment, il a été les deux. Un peu schyzophrène, un peu fou. Fou. Il devient fou, ce doit bien être la seule chose sûre et certaine à cet instant précis. Il devient fou, légèrement paranoïaque sur les bords.
Serait-il ce démon que tout le monde possède, enfouit dans les profondeurs de son coeur, derrière les bons sentiments et la conduite exemplaire ? Alors pourquoi, bon Dieu, pourquoi ce démon-là a-t-il décidé de ressurgir, là où tous les autres s'enterrent une bonne fois pour toute ? Il n'empêche qu'il est là, il a viré le bon Jésus des banlieues qui ne voulait qu'un peu de changement, il a pris toute la place dans son corps et maintenant...
[1] « To leave and not to breathe is to die in tragedy » sont les paroles de Green Day, dans la chanson Jesus of Suburbia – Tales of another broken homes, de l’album American Idiot.
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es inscriptions sur le mur… Il a l’impression de les avoir déjà vues quelque part. Comme si… non, impossible. Tant et tant d’émotions, de rage, de haine, passées dans un marqueur indélébile, comme pour souligner le fait que jamais, jamais cette personne n’oublierait combien elle a souffert. Cette personne.
Pourtant, loin de comprendre ce qui se passait dans la tête de… de Jesus, les gérants du supermarché vont juste effacer cette œuvre, comme si ça pouvait arrêter le flot de rancœur qui se déverse et n’en finit plus de le ravager, lui, celui qui a décidé de tout arrêter, tout en sachant ô combien sa tache sera difficile. Là encore, Jesus est trop naïf pour se rendre compte que ce serait chercher une aiguille dans une meule de foin que de chercher à rétablir l’ordre dans tout ce merdier.
Pourtant, quand il y regarde de près, ça ne veut rien dire, tout ça. Comme si il avait cherché à se… confesser, mais que ça n’avait pas remporté grand succès, encore une chose qui capote avec lui, l’art de raconter ce qu’il ressent. Toute cette encre semblait se résumer à une phrase : le centre de la terre est la fin du monde. Et là, silence.
A quand la prochaine autoroute et la prochaine sortie ratée ? Puisque de toute façon, tout ce qui pourrait être utile, servir de repère, de base solide pour vivre correctement, comme quelqu’un qui se respecte et respecte les autres, tout ce qui aurait pu servir a été manipulé pour tout fausser, fausser les opinions et les modeler aux envies de la nouvelle Amérique, l’Amérique des sensations fortes, des hamburgers MacDonald et des films d’horreur.
Mais après tout, qu’est-ce que ça peut bien lui foutre, à lui ?
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ci, il y a à peu près un milliard d’hypocrites, qui ont copulé pour donner une autre génération d’hypocrites, qui eux-mêmes ne sauront faire que ça : des hypocrites. Depuis qu’il est né, Jesus est plongé dans la guerre, comme si c’était elle qui l’avait fait, comme si il était l’enfant de la guerre qui désirerait un peu de paix, pour pouvoir réfléchir.
De toute façon, qu’on soit à Disneyland ou en train de crever sur le sol poussiérieux d’une quelconque ville en ruine, ville fantôme, c’est toujours à cause d’un même pays, toute la merde du monde arrive à cause des Etats Unis, tous les problèmes résultent de cet amas d’aberrations. L’Amérique est une erreur de la nature.
Et maintenant, la merde américaine, Jesus en fait son histoire, Jesus en fait son disciple.
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Dis, est-ce que tu m’entends ? J’ai l’impression que tu es… ailleurs. M’enfin, tu me diras, ça fait cinq minutes que j’essaie de me rappeler ce que tu viens de me dire, et… Est-ce qu’on devient fou, tu crois ? Est-ce que c’est juste moi qui ne sais plus où j’en suis ? Tu penses que ce monde est un monde de fou ? Tu penses que ça peut être dangereux ? Réponds !
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l serait temps pour Jesus de se faire soigner, il commence à ressentir un grand vide, comme si on lui avait arraché un morceau de lui-même, comme si une plaie quelconque de voulait pas se refermer, comme si le sang continuait de couler, sans jamais l’achever, sans jamais s’arrêter. Mais maintenant, il se demande si il lui manque un morceau du cerveau, pour ne plus comprendre ce qui se passe, la situation échappe à son contrôle, et il s’en rend compte, même si il ne tend pas la main pour la rattraper, même si il regarde mollement sa vie partir et quelqu’un d’autre arriver, à la place de ce qu’il est, de ce qu’il était, puisque tout a du changer. Peut-être regarde-t-il tout ce qui se passe avec un certain amusement, comme si ça ne le regardait pas, comme une autre des infos en première page du journal sur lequel il essuie la semelle en caoutchouc de ses chaussures à treize dollars.
Cet homme a décidé de partir, pour laisser derrière lui un trop plein de mensonges, trop des choses cachées, de non-dits, d’ignorance qu’il ne peut qu’accepter, non, il ne sait pas tout.
Il croyait connaître cet endroit. Après tout, il y est né. Il croyait. Il a perdu la foi. Cette phrase est un peu stupide, peut-être, mais il ne croit pas. Il ne croit plus.
Il part. Jesus part. Et là, il se rend compte à quel point il est lâche. Il repousse celle qui l’aime, il rentre dans sa voiture, il claque la portière comme si il était forcé de partir. Et il s’enfuit, sans même mettre sa ceinture. De toute façon, on finira tous par crever, que ce soit dans une minute ou cinquante ans, ça n’a aucune importance pour lui. Il n’existe plus.
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l s’est souvent tu, il s’est souvent forcé à arrêter ses pensées avant qu’elles n’aillent trop loin, il a su où étaient les limites, il a su tourner les talons et revenir avant de regretter. Et pourtant, cette fois, il sait qu’il n’aura pas à se remettre en cause, ni à se demander où sont les limites, il n’aura plus à sa taire puisqu’il sait déjà qu’il ne regrettera pas. Les regrets sont inutiles.
Il aimerait que les gens comprennent qu’il faut respirer dans la vie, avant de mourir prendre le temps de vivre normalement. Lui aussi aimerait respirer un peu, sans quoi sa mort serait tragique.
Il n’a pas honte. Il est parfaitement conscient de ce qu’il fait et pense que c’est pour le mieux, le bien de tous, et surtout le sien, en fait, parce que Jesus veut sauver sa peau. Il ne s’excusera pas non plus, il s’est déjà assez excusé d’exister, même à demi effacé. Il sait que dans sa voiture, il n’a nulle part où aller, il sait que beaucoup sont dans son cas et ça ne l’aiderait pas à avoir honte s’il le voulait.
Il s’échappe, loin de la douleur qu’à causé toute cette agitation, celle-là même qui a fini par le défoncer complètement.
Jesus vit dans un monde où les feux de cheminés sont sans arrêt éteints, les portes toujours closes et les lits toujours froids.
Rassurant, n’est-ce pas ?
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